GABARIT_Zappa

HOMMAGE A FRANCK ZAPPA

ANECTODE

« Jouer de la guitare, c’est comme faire l’amour: il faut vraiment être stupide pour oublier comment on fait une fois qu’on l’a appris » dira Zappa…

Le 4 décembre 1971, pendant qu’il se produit avec son groupe au Casino de Montreux au bord du lac Léman, le feu, allumé par une fusée de détresse tirée par l’un des spectateurs, prend dans le plafond de la salle. Le Casino, ainsi que le matériel des Mothers, sont intégralement détruits, mais l’artiste réussit à faire sortir tout le public sans incidents graves et dans le calme. Cet événement sera immortalisé dans la chanson Smoke on the Water du groupe Deep Purple, qui enregistrait au même moment l’album Machine Head dans le studio mobile des Stones.

Après cet acte de bravoure, Frank ZAPPA est projeté dans la fosse d’orchestre par Trevor Howell, un spectateur, le 10 décembre 1971 lors d’un concert donné au Rainbow Theatre de Londres. La raison serait un regard du compositeur trop appuyé sur la petite amie de l’agresseur, voire aussi, peut-être, le jugement d’une prestation trop médiocre. Tout est-il qu’à 31 ans, Zappa souffre de plusieurs fractures, d’un traumatisme crânien, de blessures au dos, au cou, ainsi que d’un écrasement du larynx et vivra en chaise roulante pendant un an, incapable de se produire en concert et gardant des séquelles de l’événement : « Ma jambe reste un poil plus courte que l’autre et des années de douleurs dans le dos. Durant ma saison en fauteuil roulant, j’ai refusé interviews et photos, je voulais juste faire de la musique, et j’ai quand même pu réaliser trois albums : Waka/ Jawaka, Just Another Band From L.A. et The Grand Wazoo » avouera-t-il.

Une citation : « Si Dieu nous a fait à son image, il est sûrement bête et laid ».

LE PERSONNAGE, LE MUSICIEN, LE CREATEUR

Frank Vincent Zappa naît à Baltimore (Maryland USA), le 21 décembre 1940, d’un père sicilien et d’une mère italienne, Rose-Marie Caroline. Il est l’aîné de quatre enfants : Bob, Carl et Candy. La révélation d’auteur-compositeur ne viendra qu’après une période comme batteur au sein de différents groupes rhythm and blues, en Californie où il grandira. C’est avec les Mothers of Invention, son premier groupe, qu’il se fait connaître. Il pose dès le premier album, Freak Out!, les fondations d’une écriture qui ne se refuse rien – et surtout pas de critiquer les hippies en plein « flower power ». Compositeur hors pair, découvreur de talents (dont Steve Vai et Alice Cooper) et architecte d’une oeuvre comptant plus de 60 albums, Frank Zappa demeure l’une des figures majeures de la musique du XXe siècle.

Au-delà des gimmicks purement musicaux, c’est une cohérence totale – définie par lui-même comme une « continuité conceptuelle » – qui soustend son oeuvre. Il lègue aux amateurs de musique et autres musiciens un réservoir inépuisable de belles notes et de bons mots. La musique de Zappa est très hétérogène, les styles s’entremêlent : classique (celle du XXe siècle car Zappa n’aimait pas la musique des siècles précédents, considérant les compositeurs comme des esclaves au service des mécènes, à part Bach), contemporain, expérimental, électronique, rock, jazz-rock fusion, blues, doo-wop, où s’introduisent l’audace, l’expérimentation, la surprise et surtout une satire sociale teintée d’humour décapant, graveleux, et d’absurde.

Du rock d’Overnite Sensation à l’orchestral Grand Wazoo ou au psychédélique Absolutely Free, les genres musicaux changent, alors que la patte Zappa reste identifiable. Une phrase de Zappa se reconnaît instantanément sauf quand il ne veut pas que ce soit ainsi. Mais l’art de Zappa ne saurait se résumer à une collection de citations ou à un habile collage stylistique : Zappa fait sien tout ce qu’il touche, même s’il camoufle souvent son engagement derrière une formidable science du pastiche et du second degré.

Ses rapports avec le jazz attestent autant sa fascination pour la polyvalence des solistes qu’il sollicite, comme le violoniste Jean-Luc Ponty, le pianiste George Duke ou le saxophoniste Michael Brecker, que sa répulsion pour les systèmes et les codes sclérosants. Virtuose de l’orchestre, Zappa privilégie les ruptures, les brisures et les rythmes complexes tout en s’autorisant à l’occasion de belles mélodies, sans jamais s’y attarder cependant. Créateur d’un univers éminemment personnel, que les musiciens de jazz vont observer avec fascination et méfiance, Frank Zappa reste une référence pour toute une génération qui ne veut pas se limiter à un seul style d’inspiration.

En 1954, Zappa subit le choc musical qui imprimera à jamais ses choix compositionnels. Il découvre Ionisation d’Edgard Varèse, une oeuvre on ne peut plus percussive qui joue un rôle considérable dans son approche instrumentale de la guitare dont il devient une référence avec Jimi Hendrix. Puis il reste médusé en 1955 par Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky. Sa trajectoire musicale forme donc une tapisserie où s’attachent les noms d’Edgard Varèse, Igor Stravinsky, Anton Webern, Karlheinz Stockhausen, Charles Ives, Aaron Copland, György Ligeti, Johnny « Guitar » Watson, Clarence Gatemouth Brown, Eric Dolphy, Spike Jones, Raymond Scott et Carl Stalling et d’autres

ZAPPA UTILISE SOUVENT LES MESURES ASYMETRIQUES…

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, La convention de la musique, qu’elle soit savante ou populaire, repose sur une division du temps en 2, 4, 8, 16, etc. (binaire) et en 3, 6, 12, etc. (ternaire).

Zappa in New York verra l’un de ses titres classique, Pound for a Brown, écrit en 7/8 – caractéristique des musiques de l’Europe de l’Est – tout comme Catholic Girls, Flower Punk ou Mother People. Le morceau Keep It Greasey (sur l’album Joe’s Garage) comporte toute une section en 19/16 (quatre noires plus trois doublecroches par mesure) déjà prisée par le rock progressif.

Notons quand même au passage que Bizet avait écrit Carmen en 6/16 et que Beethoven ne restait pas en plan avec Ariette, une sonate en 9/16 et une autre, Arioso, en 12/16. Mais Zappa, utilisant également la polyrythmie, en fait une marque de fabrique pour ses mélodies. Dans Get Whitey (album The Yellow Shark), la rythmique de base est en 9t/4 ; elle peut donc se diviser en 18 croches, ou 36 doubles-croches. À un moment, la mesure se divise en 23 croches (c’est donc du 23/8) et la mélodie se répand principalement en doubles croches pointées, ce qui augmente la complexité rythmique du morceau. Ce n’est pas pour rien que Zappa utilisait son Synclavier, qui pouvait jouer tout et n’importe quoi. En fait, à ce niveau-là, c’est comme si la mélodie se jouait à un tempo très différent de la rythmique. On trouve des oeuvres, chez Zappa, qui relèvent d’une esthétique venue tout droit de la musique contemporaine. Par exemple, la très boulézienne Girl in the Magnesium Dress (sur l’album Boulez Conducts Zappa ; The Perfect Stranger ou The Yellow Shark), ou des pièces comme The Return of the Son of Monster Magnet (album Freak Out!). D’autres s’apparentent à la musique de Stravinski (par exemple G-Spot Tornado sur Jazz from Hell ou sur The Yellow Shark) ou de Webern. Mais ses meilleures compositions sont celles où il ne s’apparente à personne, comme les suscités Black Page et Get Whitey.

sheik yerboutiD’une manière générale, Zappa compose à partir d’un fond très jazz-rock sur lequel se détachent des mélodies beaucoup plus complexes. Le fond sera, par exemple, une pentatonique rythmée en 4/4 tandis que la mélodie sera polyrythmique et polytonale. Une alchimie caractéristique de son style. Mais Zappa donne aussi dans un rock plus simple, très souvent de manière parodique. L’album Sheik Yerbouti est principalement constitué de ce genre de musique. On y cause de plombiers, de « coeurs brisés pour les trous du cul » (le titre exact en anglais est : Broken Hearts Are for Assholes), de barbichette… Que des choses très importantes, servies par une musique entre le hard-rock et le blues, sans jamais perdre l’occasion de placer une mélodie avant-gardiste. De même, l’album Joe’s Garage combine les genres, avec des morceaux disco, reggae, funk, rock, avec beaucoup d’humour et de dérision. Les morceaux de Zappa ne sont jamais vraiment achevés. Les concerts sont toujours l’occasion de nouveaux arrangements. Zappa ne joue jamais deux fois le même morceau. Black Page, sur Zappa in New York, en est un exemple : on trouve une première version avec solo de batterie, percussions et orchestre réduit. Sur le même album, on trouve une seconde version qui comporte une rythmique disco-funk et des arrangements beaucoup plus grandiloquents. Sur Make a Jazz Noise Here, on peut entendre une version new age, très lente, menée par des cuivres langoureux, des rythmes reggae-ska qui finit par reprendre à toute allure.

frank-zappa_t1382_originalDe surcroît, Zappa avait mis au point tout un langage gestuel qui lui permettait d’indiquer à n’importe quel moment un changement d’interprétation quelconque : tel geste signifiait qu’il fallait jouer en reggae, ou en hard rock ; s’il tournait un doigt à droite et derrière sa tête comme s’il tripotait une dreadlocks, le groupe derrière lui jouait reggae ; s’il faisait de même avec ses deux mains, le groupe jouait du ska; s’il mettait ses deux mains à l’entrejambe et qu’il mimait une grosse paire de testicules, les musiciens savaient qu’ils devaient jouer du heavy metal. Zappa pouvait donc modifier sa composition au moment même où le groupe la jouait sur scène. Tout cela nécessitait d’avoir de bons musiciens et Zappa fut loin d’être en reste. En 1969, il renvoya tous ses musiciens (les Mothers of Invention d’origine), pour une raison qu’il convient de relativiser : dès lors qu’il fit état de gros problèmes financiers à l’époque, ils n’étaient plus assez bons pour jouer sa musique qui se complexifiait toujours plus.

Il employa de nombreux batteurs :
Aynsley Dunbar, Chester Thompson (accompagné de Ralph Humphrey dans la série de concerts de fin 1973 notamment au Roxy), Terry Bozzio, Vinnie Colaiuta, Chad Wackerman.
Zappa fut au rock ce que Miles Davis fut au jazz : un formidable révélateur de talents. Et comme pour Miles Davis, chaque nouveau groupe fut un nouveau style, une nouvelle source de compositions et d’arrangements. Dans mes compositions, j’ai recours à un système de poids, d’équilibres, de tensions et de relâchements maîtrisés – un système d’une certaine manière similaire à l’esthétique de Varèse.

SA VIE, SES RENCONTRES, SON OEUVRE

freaks barnum«Le tabac est mon légume préféré». Il rencontre Captain Beefheart (Don Van Vliet) en 1956, l’ami capital qu’il produira plus tard et avec lequel il enregistrera Hot Rats puis Bongo Fury.
C’est également l’année où il forme The Blackouts. En 1959, il écrit Mice, une oeuvre pour instruments à percussions ainsi que le soundtrack de Run Home Slow, un film produit par Tim Sullivan. En plein centre du désert Mojave, Paul Buff et Frank Zappa inaugurent en 1961, à Cucamonga, le Studio PAL (futur Studio Z), plaque tournante où viennent enregistrer des groupes de doo wop et de rhythm’n’blues. Il y grave son premier single Break Times / 16 Tons. Inspiré par les monsters movies japonais, le cinéma d’horreur de Roger Corman, The Wizard Of Oz – ce chef d’oeuvre de Victor Fleming -, et Freaks Barnum (sur l’image) de Todd Browning, il cherche des fonds pour réaliser Captain Beefheart versus The Grunt People. En 1964, il rallie The Soul Giants, le band de Ray Collins qui donnera naissance aux Motherfuckers qui deviendront The Mothers Of Invention sous la pression de la MGM ombragés par le nom. Pamela Zarubica (alias Suzy Creamcheese) établit en 1965 le contact entre Zappa (peu enclin aux mondanités) et des personnalités significatives des premières heures de la freakdom. Elle lui présentera aussi Allen Ginsberg, Jim Morrison et Phil Spector. Il rencontre Vito et Carl Franzoni, et surtout Lenny Bruce, figure plutôt subversive dans l’univers du show business. Freak Out! est publié chez Verve/MGM par Tom Wilson, producteur de Cecil Taylor et du Velvet Underground. Premier album d’une trilogie exceptionnelle, lumpy gravyLumpy Gravy, (We’re Only In It For The Money et Civilization Phaze III), écrit en onze jours, paraît en janvier 1967. Au Garrick Theatre de New York, Frank Zappa et ses Mothers Of Invention livrent pendant six mois Pigs And Repugnant, un show digne des spectacles libertaires du Cabaret Voltaire. Enfin 68 !… Les Mothers Of Invention sont à l’Olympia puis en Allemagne où la rébellion tente de récupérer l’esprit satirique de Frank Zappa. Une satire du flower power et du mode de vie traditionnel américain donnera lieu à We’re Only In It For The Money (mars 1968) dont la couverture parodie celle de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, remplaçant les fleurs par des légumes. Dans la foulée Lumpy Gravy, album solo, collage de musique contemporaine et dialogues, est enregistré avec le Abnuceals Emuukha Electric Symphony Orchestra et réutilisés dans Civilization, Phaze III. A l’automne 1969, Zappa fait le MC au Festival d’Amougies. Est publié l’album Uncle Meat.

Frank+Zappa+200+Motels+-+Sealed-487573200 Motels, le film-phare de la révolution psychédélique est tourné à Londres en 1971 avec Ringo Starr dans le rôle de Zappa. Le soundtrack est placé sous la direction de Zubin Mehta. La partie musicale du film, qui devait être jouée au Royal Albert Hall, est censurée à la dernière minute au motif que certaines paroles sentent l’obscène. Après plusieurs albums avec The Mothers, dont Cruising With Ruben & The Jets, au parfum de musique doo-wop, ou encore l’album Uncle Meat, Zappa sort Hot Rats un album solo instrumental à l’écriture ciselée où apparaît son jeu de guitare influencé par le jazz, ainsi qu’un album de concert en public enregistré au Fillmore East (avec le concours de John Lennon et Yoko Ono). Paraît alors, en 1972, le pharaonique Grand Wazoo Orchestra qui rend hommage à Richard Wagner au Felt Forum de New York et la célébration des 10 ans des Mothers Of Invention à l’Alcazar de Paris. Deux albums de jazz avec un big-band : Waka/Jawaka et The Grand Wazoo. Les coûts de fonctionnement et l’échec commercial du big-band font évoluer Zappa vers un style de composition plus accessible. Over-Nite Sensation, Apostrophe, Roxy & Elsewhere et One Size Fits All, verront ainsi le jour, avec une nouvelle version des Mothers: George Duke aux claviers, Napoleon Murphy Brock aux saxophones et chant, Ruth Underwood (aux percussions, Chester Thompson à la batterie. Après un dernier disque en public enregistré en 1975 avec son vieux complice Captain Beefheart, Bongo Fury, Frank Zappa dissout définitivement The Mothers of Invention, et ne publiera désormais plus que sous son propre nom. Tournée mondiale en 1973 avec le violoniste Jean-Luc Ponty.

 

Frank+Zappa+A+Token+Of+His+ExtremeLes écrans de télévision diffusent, en 1974, A Token Of His Extreme, courtmétrage dû à Zappa et à Bruce Bickford, le maître de la clay animation, longtemps avant les remarquables modeleurs de Wallace & Gromit. 1975 est marquée par l’édition de One Size Fits All avec Johnny « Guitar » Watson, puis celle de Bongo Fury mais aussi par l’abandon du projet cinématographique Hunchentoot dont les séquences sonores seront reprises dans Läther, opus considérable. C’est en 1977 que paraît le coffret Läther, l’un des grands moments de la musique du XXème siècle. Avec Joe’s Garage réalisé à la maison, Zappa signe en 1979 le concept de « home studio ». Son film Baby Snakes reçoit à Paris le premier prix du Film international du film musical. Läther (seul 300 coffrets de 4 LP seront distribués aux radios) doit représenter son travail en studio, sur scène et d’orchestration. Mais la Warner, qui doit le distribuer, se rétracte et refuse de le publier. Au lieu de quoi, le contenu perdu s’éparpillera sur quatre albums différents: Zappa in New York, Studio Tan, Sleep Dirt et Orchestral Favorites. D’autres bouts seront aussi présents sur Shut Up ‘n Play Yer Guitar et Zoot Allures. Jusqu’en 1996, sa famille commercialisera l’oeuvre telle qu’elle était conçue au départ sous la forme d’un coffret CD, trois ans après son décès en 1993. En décembre 1977, sur les ondes de Pasadena KROQ radio, il diffuse Läther dans son intégralité en déclarant au micro : « Ici Frank Zappa, je suis votre discjockey temporaire, prenez votre lecteur cassette et enregistrez cet album qui ne sera peut-être jamais disponible pour le grand public. »

zappa REcordZappa attaque la Warner et crée son propre label, Zappa Records, distribué par Mercury/Phonogram, Ingénieur ayant réalisé et produit quasiment tous ses enregistrements depuis ses débuts en 1966, il finira par garder cette habitude jusqu’à la fin de sa carrière. Il publie en 1979 Sheik Yerbouti (enregistrements live de sa tournée européenne 1978), qui marque le début d’une excellente période de réussite commerciale et contient un titre classé n° 1 en Norvège : Bobby Brown. Le batteur Terry Bozzio, le guitariste Adrian Belew, le claviériste Tommy Mars formeront le groupe qui mettra en valeur l’esprit et la technicité de sa musique. Dans la foulée, l’« American composer » (autodéfinition), sort l’opéra-rock en trois actes Joe’s Garage, interprété par un nouveau groupe : le chanteur Ike Willis, le batteur Vinnie Colaiuta, le bassiste Arthur Barrow et le guitariste Warren Cucurullo. Tous les genres musicaux du rock (du reggae au disco en passant par le funk, la pop ou le rythm’n’blues) sont abordés à la sauce Zappa. Il y brocarde notamment l’Église de scientologie qui devient ici « church of appliantology » (dont il change le nom du fondateur L. Ron Hubbard en L. Ron Hoover). On y trouve aussi la phrase manifeste Music is the Best (la musique est la meilleure des choses). Ce sera un de ses plus grands succès commerciaux. À partir du début des années 1980, Zappa explore les liens entre la musique qu’il a toujours jouée et la musique savante, en enregistrant deux disques avec le London Symphony Orchestra. 1981 voit paraître la série des soli de guitare Shut Up ‘n Play Yer Guitar, ainsi que le recueil Guitar Book rédigé en collaboration avec Steve Vai.

synclavierKent Nagano et le London Symphony Orchestra travaillent sur le répertoire Zappa. Un premier volume des enregistrements du LSO est publié en 1983. Puis Pierre Boulez et l’Ensemble intercontemporain jouent trois pièces de Zappa, en 1984, à Paris, au Théâtre de la Ville. Elles feront partie de l’album Boulez Conducts Zappa: The Perfect Stranger qui sortira à la fin de la même année. Après une interruption, Zappa revient en mai et une grande partie de son travail ultérieur est influencée par l’utilisation du synclavier comme outil informatique de scène ou de composition, ainsi que par sa maîtrise des techniques de studio pour produire des effets sonores singuliers. Il est l’inventeur de la xenochronie, technique de studio utilisée sur de nombreux albums. Son travail devient également plus explicitement politique : il se moque des télévangélistes et du Parti républicain américain. Il reprend les oeuvres de son ancêtre milanais Francesco Zappa, violoncelliste et compositeur baroque. En 1985, l’action musicale du musicien se double d’un fort engagement politique, particulièrement à l’encontre du PMRC, un groupe de pression qui entend mettre de l’ordre dans la production phonographique aux Etats-Unis. Zappa passe dès lors pour une figure dangereuse ou sympathique de la contestation globale.

L’album Jazz From Hell qui inaugure ce que l’on nomme aujourd’hui l’électro-jazz ou nu-jazz obtient un Grammy en novembre 1986 alors que paradoxalement, il est frappé de censure par une importante chaîne de distribution aux Etats-Unis, l’album n’ayant qu’un seul défaut : le visage de Frank Zappa sur la pochette, ennemi des puritains et des Conservateurs.

jazzFromHellL’année 1988 marque sa dernière tournée mondiale. Accompagné d’une formation rock de 12 musiciens, il exige d’eux de connaître plus de 100 compositions, la plupart tirées de son répertoire. Le groupe se sépare par mésentente avant la fin de la tournée qui s’achève le 9 juin au Palasport de Gênes. Celle-ci est immortalisée dans les albums The Best Band You Never Heard in Your Life (principalement des textes politisés et des reprises de musiques de films), Make a Jazz Noise Here (musique instrumentale et expérimentale), Broadway the Hard Way (nouvelles chansons), ainsi que sur quelques plages de You Can’t Do That on Stage Anymore, Vol. 6. Au début des années 1990, Zappa consacre presque toute son énergie à des travaux orchestraux et de synclavier. Contacté entre autre par le commandant Cousteau, il écrit la soundtrack du documentaire Outrage At Waldez. Deux doubles albums recueillant le meilleur de l’excellente tournée de 1988 sont édités en 1991 : The Best Band You Never Heard In Your Life et Make A Jazz Noise Here. Le 15 avril, il annonce sur une radio de Berkeley son intention d’entrée en lice pour les présidentielles. Abandonnant la guitare il orientera son activité compositionnelle vers le Synclavier. Il y écrit et y enregistre environ 5000 oeuvres. Fin 1991, sa fille aînée, Moon Unit, révèle à la presse que son père est atteint d’un cancer de la prostate.

Frank_Zappa,_You_Can't_Do_That_On_Stage_Anymore_1En 1992, l’Ensemble Modern interprète The Yellow Shark sous la direction de Peter Rundel. Zappa se saisit un moment de la baguette si magique à ses yeux. A la joie de conduire succède la détresse filmée par Peter Lohner pour le documentaire qui sera diffusé sur ARTE le 24 février 1993. You Can’t Do That On Stage Anymore (« tu ne peux plus faire cela sur scène désormais ») est la dernière production importante de sa vie. Un projet majeur qu’il parvient tout juste à mener à bien, les volumes 5 et 6 étant publiés en 1992 : il compile sur six doubles CD (et près de 13 heures d’écoute) trois décennies de prestations scéniques, mêlant parfois dans la même chanson, tous ses différents groupes et toutes les époques sans aucun ordre chronologique. C’est une plongée vertigineuse dans ce qu’il appelait « the conceptual continuity », la continuité conceptuelle qui définit la cohérence globale de son oeuvre. Très tôt, Frank Zappa avait entrepris d’enregistrer tous ses concerts, les bandes, qui servaient souvent de base à ses albums live ou studio, étant stockées dans un endroit mythique dénommé The Vault (la chambre-forte) d’où la famille Zappa continue à sortir régulièrement des albums. Quelque temps avant sa mort le 4 décembre 1993 à 52 ans, chez lui à Laurel Canyon (Los Angeles), entouré de sa femme Gail et de ses quatre enfants, Zappa s’occupa de la politique culturelle tchèque à la demande du dramaturge et président Vaclav Havel à Prague, les deux hommes ayant une profonde estime mutuelle. Il devient ambassadeur itinérant de la toute nouvelle République Tchèque. Ses deux fils, Ahmet et Dweezil Zappa, sont également musiciens ; ensemble ils ont formé le groupe Z. En mai et juin 2006, son fils Dweezil a organisé et dirigé la tournée Zappa Plays Zappa présentant exclusivement des morceaux composés par son père.

HOMMAGES

Frank Zappa poses with a cat in 1988. Location unknown. (AP Photo)

Zappa reçoit le titre de Chevalier des arts et des lettres des mains de Jack Lang alors ministre de la Culture. Il entre dans Rock and Roll Hall of Fame en 1995, introduit par Lou Reed. La même année, la seule statue connue de Zappa est installée au centre de Vilnius, la capitale de la Lituanie immortalisée par le sculpteur lituanien renommé, Konstantinas Bogdanas, auparavant spécialisé dans les portraits de Lénine. Un buste de Zappa est également visible à Bad Doberan dans le Nord-Est de l’Allemagne où se déroulent chaque année les Zappanales. Un second buste plus ancien, est aussi visible à Prague (République tchèque). Par ailleurs, un astéroïde a été nommé en son honneur : Zappafrank. La « Frank-Zappa-Strasse » a été inaugurée le 28 juillet 2007 dans les faubourgs de l’ancien Berlin-Est. Il sera acteur dans Miami Vice (1986), Baby Snakes(1979) Uncle Meat(1987) The Amazing Mr. Bickford (1987) ; réalisateur pour The Dub Room Special (Vidéo 1984) Video from Hell (Vidéo1985) The True Story of Frank Zappa’s 200 Motels (Vidéo1988) ; compositeur de The World’s Greatest Sinner (1962) Run Home Slow (1965) Baby Snakes (1979) Uncle Meat (1987) The Amazing Mr. Bickford (1987) Cousteau – Alaska (Outrage at Valdez 1989) Duckman (série TV 1994)

BIBLIOGRAPHIE

Alain Dister, Frank Zappa et les Mothers of Invention, Albin Michel, 1975.
Christophe Delbrouck, Frank Zappa / Chronique discographique, Éditions Parallèles, 1994.
Guy Darol et Dominique Jeunot : Zappa de Z à A, Le Castor Astral, 2000 (rééd. 2005).
Frank Zappa, Zappa par Zappa, Archipel, 2005 (initialement édité en anglais par Poseidon en 1989, sous le titre The Real Frank Zappa Book).
« Frank Zappa : dix ans après », dossier spécial in Circuit : musiques contemporaines, volume 14, numéro 3, 2004.

QUELQUES MUSICIENS

Il sera révélateur de talents au sein de ses différents groupes, parmi lesquels: Adrian Belew, Aynsley Dunbar, Captain Beefheart, Cat Stevens, Chad Wackerman, Eric Clapton, George Duke, Jack Bruce, Jean-Luc Ponty, Jimi Hendrix, John Lennon, Lakshminarayana Shankar, Lowell George, Lowell George (en), Mike Keneally. Napoleon Murphy Brock, Pink Floyd, Robert Charlebois, Ruth Underwood, Steve Vai, Terry Bozzio, Tommy Mars, Vinnie Colaiuta, Yoko Ono.

2 comments

    • Didier Beudaert

      Merci pour ce vrai compliment.
      Anecdote: J’ai vu, à l’époque, Zappa à Bercy dirigeant une formation d’environ 15 musiciens. Il mena l’interprétation du Boléro de Ravel qui n’avait rien à envier aux orchestres symphoniques. La France est en retard !…
      A une prochaine fois,
      Didier-Patrick BEUDAERT

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