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L’ANCÊTRE DU ROCK : HILLBILLY & OLD TIME MUSIC

D’OU VIENT LE NOM ?…

Aux Etats-Unis, on désigne la musique traditionnelle des blancs par «HillBilly,» ou «Hillbilly Boogie» ou encore «Old-Time Music», par opposition au rythme and Blues des noirs, avant d’être remplacé par l’expression «Country and Western» ou «Country Music» à partir de 1949.

Bien obscur, mais qui s’est précisé au fil du temps…

Après la Première Guerre mondiale, des millions de gens migrant des zones rurales vers les centres urbains (New York, Chicago, Détroit et Atlanta), amènent avec eux un son musical qui semble étranger pour les habitants des villes.

Dans les années 1700, la région des Appalaches était déjà fortement colonisée par les immigrants écossais et irlandais dont la majorité provenait des basses terres d’Écosse.

Selon Anthony Harkins qui a écrit dans Hillbilly, A Cultural History of an American Icon, le terme dériverait de deux tournures écossaises : « hill-folk » (gars de la colline) et « billie » (synonyme de type ou individu).

Il s’agit de la théorie la plus crédible.

Son usage, en dehors des Appalaches, commence après la Guerre de Sécession, quand la région est de plus en plus délaissée par les changements technologiques et sociaux qui affectent le reste du pays. Avant la guerre, les Appalaches n’étaient pas très différentes des autres régions rurales mais – la frontière se déplaçant vers l’ouest – le lieu garde ses caractéristiques de région frontière avec une population considérée comme arriérée, encline à la violence, à l’isolement, favorisant la consanguinité. Alimenté par de récentes histoires de querelles de montagnards comme celle des Hatfield-McCoy dans les années 1880, le stéréotype du Hillbilly se développera au tournant du siècle.

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Si le Hillbilly est appliqué aux gens du Sud, un peu retardés et provenant des îles Britanniques, il l’est aussi à ceux qui jouent et écoutent la musique du même nom puis, sociologiquement, pour désigner toute population ou tout citoyen fortement inculte et grossièrement attaché à ses pénates, pauvre, ignorant, querelleur, groupé autour d’un alambic clandestin, vivant le plus souvent dans des remorques rurales avec une famille nombreuse.

Il prend toute sa dimension quand beaucoup de montagnards, durant la Grande Dépression, laissent leur maison pour trouver de l’emploi dans d’autres régions du pays. C’est au cours de cette période que des bandes dessinées comme Li’l Abner, et des films comme Les Raisins de la colère, font du Hillbilly le cliché américain usuel.

Le mot voit sa forme écrite pour la première fois en 1900, dans un article du New York Journal, avec la définition suivante : « un Hill-Billie est un citoyen libre et sans entraves de l’Alabama, vivant dans les collines, sans ressources, s’habillant comme il peut (la salopette en jeans était assez traditionnelle avec la chemise chaude à carreaux, godillots mal lacés, chapeau américain difforme), barbe impressionnante, dents déchaussées, parlant comme il lui plaît, buvant du whiskey quand il en a et tirant de son revolver ou de sa carabine quand l’envie lui prend. »

C’est à peu près l’équivalent, en français, de « péquenaud » ou « plouc ».

Dans le folklore américain, on peut citer comme exemple The Beverly Hillbillies et Cletus Spuckler.

DU MODE DE VIE… 

screen-5Durant les années 1950 à 1960, les communautés isolées se sont considérablement rapprochées de la culture centrale américaine, une intégration probablement due au développement des moyens divers de communications : TV, autoroutes, téléphone, puis Internet…

Il faut savoir qu’il existe encore beaucoup de communautés aux modes de vie traditionnels dans la région des Appalaches.

La médiatisation renforce la caricature de ces gens habitant le Sud et les montagnes.

La création par George D. Hay d’un évènement populaire à Atlanta, le Grand Ole Opry, vise une certaine simplicité thématique et musicale. Il cherche à promouvoir des amateurs – surtout d’une même famille – libres de jouer ce qu’ils veulent de leur répertoire hillbilly.

Par contre, selon Richard A. Peterson, D. Hay aurait promu certaines impostures. La majorité des gens assistant à l’émission ne venaient pas véritablement de la campagne mais plutôt de la ville sans vraiment donner l’image du pauvre évoqué.

Certains pseudo-amateurs étaient en fait des professionnels en tournée passant par Nashville et D. Hay changeait parfois le nom de certains groupes afin d’obtenir cette fameuse image du péquenaud.

A LA MUSIQUE…

screen-6Le même genre d’histoire se produira à Los Angeles avec Glen Rice qui convaincra ses auditeurs que les Beverly Hill-Billies qu’il présente sont des gens vivant dans les montagnes, n’ayant eu aucun contact avec la civilisation depuis une centaine d’années, mais tous d’excellents musiciens ; en fait ce sont de vrais citadins sachant jouer toutes sortes de musiques voire même du jazz.

Les studios eux, marqueront la différence à l’aide des Race records : une musique jouée par les Afro-Américains pour les Afro-Américains et les Hillbillies records, une musique jouée par les Blancs du Sud pour les Blancs du Sud. Ils serviront de classification et de publicité pour la musique du Sud.

UNE MUSIQUE CONSTRUITE SUR QUELLES BASES?…

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Provenant des traditions folks (chanson, ballade, musique de danse), la musique des anciens immigrants prend souvent au passage les influences du ménestrel, du vaudeville, du cirque et du medecine-show reconnues tant qu’elles étaient à l’origine de ces anciennes traditions, et du Tin Pan Alley (littéralement l’allée des casseroles en métal, qui n’était autre que la 28ème Rue Ouest à New York) où les musiciens, qui y jouaient du piano, vendaient sur place leurs partitions – tout comme les éditeurs d’ailleurs – endroit qui fut l’un des plus grands moyens de diffusion d’une musique populaire américaine de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle. Monroe Rosenfeld, journaliste musical engagé par le New York Herald, rapporte que le son des pianos étaient semblable à ceux des battements sur des casseroles en métal, d’où le nom qu’il leur donna. Avec des artistes comme Irving Berlin ou encore Al Jolson, la musique de Tin Pan Alley influencera les précurseurs du rock‘n’ roll.

Fiddlin’ John Carson (du nord de la Géorgie), a réalisé quelques-uns des premiers enregistrements commerciaux de musique country pour le label Okeh en 1923, et ceux-ci devinrent des tubes. Okeh, qui avait déjà utilisé le terme hillbilly music pour décrire la musique des Appalaches et la musique liturgique du Sud, toutes deux basées sur le violon, ainsi que le terme race recording (musique raciale) pour décrire la musique des Afro-américains, commença à étiqueter Old-time music (musique du bon vieux temps) la musique que John Carson jouait.

Il restera le précurseur du style. Mais c’est en 1925 que Ralph Peer, producteur de disques pour cette même compagnie, nommera pour la première fois le groupe de Al Hopkins « les Hillbillies ».

Les musiciens confirmés de Hillbilly font souvent leurs débuts lors de tournois de violons (fiddles) comme ceux, annuels, d’Atlanta, ou encore dans des bals traditionnels à l’époque très prisés par Henry Ford soucieux de réintroduire les anciennes danses dites rétro.

La radio devient essentielle pour l’accroissement de la popularité de ce style de musique. En 1922 il y a 89 stations dans le Sud, dont la WSB à Atlanta, première à jouer régulièrement des programmes d’artistes dits country.

On y diffuse des programmes rétros de violon qui invitent des joueurs plus modernes (banjo, chanteurs, violonistes d’orchestres à cordes) à venir s’adonner à leurs performances. Cet évènement sera abandonné par cette radio en 1928.

Avec la médiatisation du « cowboy chantant » (notre Lucky Luke !), il est possible d’observer l’éloignement des anciennes racines du country pour le développement d’une forme plus moderne – comme la musique country and western -, qui deviendra très populaire après la Deuxième Guerre mondiale.

Depuis 1960, Hillbilly qualifie donc une musique qui précède la Deuxième Guerre mondiale et dont le son reste très rural et folk.

 EVOLUTION : DE NOUVEAUX STYLES SE CREENT…

La musique évoluant sans cesse, le Hillbilly donnera naissance à d’autres styles en fonction de différents paramètres.

Western swing

Des groupes de violons et de guitares jouant de la musique pour danser dans les granges, donnent naissance à ce style au Texas vers les années 1920.

Ils adoptent alors certaines caractéristiques de la musique afro-américaine dont le blues (à douze mesures avec notes blues et gammes pentatoniques) et le jazz (rythme syncopé, saxophones et pratique d’improvisations). Ils se servent de la batterie, inhabituelle dans la musique hillbilly de l’époque (car les gens l’associaient à la culture noire). Ceci marque vraiment la différence entre blue-grass et country.

Le roi du Western swing reste Bob Wills et les Texas Playboys.

Hillbilly boogie

Apparu durant les années 1940, le style s’orientera plus vers le rock. Il provient d’une combinaison de la musique country et du boogie-woogie des Afro-américains.

Le Hillbilly boogie et le Western swing auront de grandes influences sur le développement du rock and roll, surtout à travers la musique de Bill Haley qui en usera considérablement. Le genre influencera aussi le Rockabilly, surtout par le style de jeu pianistique de Jerry Lee Lewis.

Bluegrass

Il faut visionner le film actuel Alabama Monroe qui en est un bon reflet. Une partie du titre évoque la région d’origine et l’autre, son principal représentant local, Bill Monroe, chanteur et virtuose de la mandoline.

Le bluegrass est surtout représenté par des groupes d’instruments à cordes (guitare, banjo, violon, contrebasse, mandoline, dobro, slide-guitar) qui animent les danses de grange des années 1920.

Typiquement composé de quatre à sept musiciens, le rythme est donné par la guitare et la contrebasse. Les mélodies sont assurées par le banjo à cinq cordes, le violon, la mandoline, le dobro, ou une autre guitare. La batterie n’existe pas ou très rarement. Le tempo est habituellement rapide.

Une voix principale chante la mélodie. Celle-ci est doublée par une autre plus aiguë et, en dessous de celle-ci, une harmonisation d’autres voix.

Le style fut important pour le développement des groupes de rock folk, de rock country, de rock du Sud.

Honky-tonk

Le Honky-tonk est une taverne ou un bar situé en périphérie des zones dites sèches (sans accès à l’alcool). Un lieu bruyant, en raison de quoi il fallait amplifier les instruments. L’amplification de la guitare, de la basse et de la batterie influenceront le rockabilly du milieu des années 50.

La musique Honky-tonky garde un rythme très stable sur lequel on peut danser. Les pianistes jouent avec un style boogie-woogie aux basses relativement roulantes. Les thèmes incluent la dépression, la perte d’emploi ou l’abandon d’un amant infidèle.

Hank Williams, prétendu le père du genre, était un compositeur populaire du Honky-tonk.

BIBLIOGRAPHIE

Charlton Katherine : Rock Music Styles : A history, Publishers 1990

Bill C. Malone et Ronnie Pugh: Hillbilly music, Grove Music Online, L. Macy 2008

Starr Larry et Waterman Christopher : American Popular Music, Oxford University Press 2007

Le film dramatique belgo-néerlandais Alabama Monroe (The Broken Circle Breakdown) réalisé par Felix Van Groeningen, adapté de la pièce de théâtre The Broken Circle Breakdown Featuring the Cover-Ups of Alabama, écrite par Johan Heldenbergh et Mieke Dobbels. sorti en 2012.

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