GABARIT_harmonica

Le secret des harmonicas – 1ère partie

Choisir un harmonica n’est pas une simple affaire. Le diatonique a longtemps été considéré comme un jouet aux possibilités limitées. Il deviendra rapidement un instrument à part entière et l’interlocuteur privilégié du bluesman solitaire. Il sera de plus en plus prisé par les grands groupes musicaux pour les riffs impressionnants qu’il peut engendrer. Ce premier article sera consacré aux généralités de l’instrument et à son jeu. Le prochain article en révèlera les subtilités et son amplification.

 

screen-5Le principe même de tous les harmonicas est le suivant : chacun des trous (qui peuvent être carrés ou ronds) conduit à deux lamelles, l’une orientée dans un sens pour vibrer lorsque l’on souffle dans la case et une autre inversement orientée pour vibrer lorsque l’on aspire. En fonction de leur poids et de leur épaisseur, ces lamelles vibrent à des fréquences différentes procurant des notes différentes à l’instar des accordéons qui fonctionnent de la même manière, l’air étant alors produit par un soufflet.

Il existe 6 types d’harmonica : diatonique, chromatique, tremolo, dit « à l’octave », chord et bass.

• Le diatonique est l’harmonica blues par excellence. Ses 10-12 cm de long, son petit prix, son ancienneté expliquent pourquoi il fut prisé par les Noirs américains du début du siècle jusqu’à aujourd’hui. N’étant pas l’instrument du country, il l’est devenu. Le rock et le R’n’R suivront avec les nouvelles techniques de jeu permettant d’étendre son répertoire. Il restera notre étalon quant à l’étude de cet l’instrument.

• Le chromatique dispose de toutes les notes grâce à une tirette actionnée par un petit bouton. Ils sont le plus souvent en Do. Si l’on joue dans le premier trou un Do en soufflant et un Ré en aspirant, en appuyant sur la tirette on obtiendra Do# et Ré#. Ils sont polyvalents : variété, classique, jazz, blues voire latino.

• Le trémolo a deux lamelles par note dont l’une est légèrement désaccordée par rapport à l’autre ce qui donne un effet trémolo.

«A l’octave» : là encore deux lamelles par note dont l’une est accordée une octave au dessus de l’autre.

Les deux derniers modèles ont également l’accordage Richter et trouvent leur place dans des mélodies de l’Europe centrale, du folklore alpin ou québecquois. Un certain souffle est nécessaire et les fuites sur la deuxième lamelle interdisent le bending (cf. plus loin).

• Enfin, réservés aux orchestres, le chord qui ne délivre que des accords et le bass, tous deux obligatoirement chromatiques.

Nous ne parlerons que des harmonicas en tonalité de Do (C), pour simplifier l’article. 

L’HARMONICA DIATONIQUE (SHORT HARP OU BLUES HARP)

LA BASE DU SYSTEME

Toute notre étude se basera sur le diatonique. Historiquement, c’est le plus ancien des harmonicas.

Mis au point dans les années 1820-1850 par Mathias Hohner, artisan horloger à Trossingen en Allemagne, l’idée était de construire un petit instrument transportable permettant d’accompagner facilement les musiciens du folklore allemand.

A lames simples, il est issu de l’évolution d’un instrument chinois très ancien : le Sheng. Son industrialisation aux USA par Hohner prendra réellement son essor en 1896 avec la commercialisation du célèbre « Marine Band ».

Très populaire au début du XXème siècle, il se répandra au sein de la communauté noire américaine, entre autres parce qu’il est l’instrument le moins cher. Les Noirs ne savent pas comment on est sensé s’en servir. Ils apprennent donc d’autres clés et se rendent compte qu’en jouant une quinte en dessous de la tonalité ils peuvent assez facilement jouer des phrases de blues avec les notes disponibles. C’est ce qu’ils appelleront le jeu « crossharp ».

Il est souvent associé au blues des afro-américains – avec les fantômes de l’esclavagisme et du ségrégationnisme – mais il est également rattaché au mythe du nomadisme américain, cow-boys et hobos (vagabonds américains) en tête. Instrument acoustique root renvoyant aux racines musicales américaines blues, country ou folk, l’harmonica peut s’imposer au 21ème siècle dans le chicago-blues ou le blues-rock via un micro amplifié.

Puis, Dans les années 1920-30, l’harmonica chromatique prendra le relais en rythmant le swing, le musette ou la musique classique,

Le mot diatonique signifie que l’harmonica ne jouera que les notes d’une gamme majeure (ou mineure) et notre modèle en Do comportera les notes de cette même gamme, sur une tessiture de 3 octaves (grave, médium et aigüe).

Cet accordage inhabituel de l’harmonica diatonique fut conçu pour pouvoir accompagner aisément les musiques folkloriques bavaroises, région d’origine. Son concept reposait essentiellement sur un principe d’accords dans l’octave du bas (trous 1-3) et de mélodies dans l’octave du milieu (trous 4-7).

Des accordages différents tels que mineure naturelle, mineure harmonique, tonalité Melody Maker (Lee Oskar) existent, mais la grande majorité des harmonicistes auront tendance à utiliser le Tuning Richter (cf. plus loin).

L’instrument sera adopté par toutes sortes de musiques populaires (jazz, blues, rock, variété, etc.) et folkloriques de tous les pays, le folklore ayant aussi recours à des diatoniques à anches doubles (trémolo ou à l’octave).

Le jazz, le classique, plus exigeants, auront recourt à l’harmonica chromatique qui délivrera toutes les notes dont celles altérées.

LES COMPOSANTS DE L’HARMONICA

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Les petites pointes qui fixaient à l’origine les pièces du diatonique sont aujourd’hui remplacées par des vis qui traversent l’ensemble, ce qui rend l’instrument entièrement démontable.

Cela répond à des nécessités d’entretien ou de réglages quand, par exemple, une anche se bloque accidentellement, que l’accordage doit être rectifié et cela permet le changement des plaques d’anches qui évite le rachat complet de l’instrument quoique cette opération n’a souvent qu’un faible intérêt économique.

L’harmonica est constitué d’un sommier (comb = peigne en anglais) en bois, en plastique ou en métal, sur lequel se fixent deux plaques métalliques comportant 10 perforations pour recevoir les anches qui sont des lamelles métalliques fixées par des rivets ou des soudures sur l’un des bords, et dont les extrémités libres vibrent au passage de l’air émis par le joueur.

Les anches les plus graves de la plaque supérieure sont fixées côté sommier, rivets vers l’embouchure et extrémités libres orientées sur le fond du sommier. Elles suivent le flux d’air soufflé du joueur.

Sur la plaque inférieure, les anches sont inversées, les plus courtes, donc aiguës, fixées sur la face visible de la plaque, rivets au loin, extrémités vibrantes sur l’avant ce qui permet leur déclenchement en aspirant.

Ce montage permet de ne pas déclencher deux anches à la fois ce qui produirait des faux accords ou fausses notes et de donner au jeu en aspiration plus de tonicité pour un minimum d’inertie, ainsi que plus de sensibilité à l’overblow (cf. plus loin) ou à l’altération.Les perforations du sommier, surmontées des plaques, constituent des chambres permettant de guider l’air de la bouche vers les anches. Deux capots vissés aux deux extrémités du sommier achèvent de réaliser par pression, la relative étanchéité de l’instrument. Les capots servent de caisse de résonance et guident le son émis en direction du public. Parfois de légères ouïes latérales constituent un retour sonore pour que le musicien s’entende mieux jouer. Chaque capot supérieur comporte, embouti en creux, le numéro de chaque trou de 1 à 10 et une lettre indiquant la tonalité de l’instrument.

 

RICHTER: LE CONCEPTEUR DE L’ACCORDAGE 

screen-7L’accordage Richter est le plus répandu pour les diatoniques à 10 trous (les modèles à 12 et 14 trous, plus rares, ont une tessiture plus étendue dans les graves). Il s’agit d’un accordage majeur (gamme diatonique majeure) mais qui permet souvent, en fonction des positions, de jouer en mineur.

Sur chacun de ces trous, il est possible de produire 2 notes en soufflant ou en aspirant. C’est ainsi qu’un harmonica diatonique de 10 trous permet de jouer 20 notes différentes de base (en réalité 19, car la note de quinte est redoublée dans la première octave pour pouvoir jouer l’accord de quinte aspiré).

Si nous prenons un instrument en Do, il produira les 7 notes de la gamme majeure de Do sur 3 octaves, en soufflant et en aspirant du grave à l’aigu (sa tessiture en Do ira donc de Do4 à Do7).

 

Le tableau ci-dessous représente l’accordage Richter d’un harmonica diatonique ; la partie grisée est celui d’un chromatique qui sera répété deux à trois fois selon le nombre de trous et à des octaves différentes (ce que nous verrons plus loin).

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Le diatonique existe dans toutes les tonalités correspondant aux demi-tons de notre gamme occidentale, au même accordage Richter, ce qui donne du plus grave au plus aigu : Sol, Lab, La, Sib, Si, Do, Réb, Ré, Mib, Fa, Fa#. Un musicien qui veut donc jouer dans toutes les tonalités devra se munir d’un jeu de 12 harmonicas qu’il utilisera à tour de rôle en fonction des tonalités des morceaux abordés, l’avantage principal étant également de lui permettre de transposer directement un morceau, voire une phrase, d’une tonalité à une autre, sans modifier son embouchure.

Dans cet objectif, les professionnels optent de plus en plus pour des holsters multi-harmonicas. Certaines tonalités peuvent être abordées par des harmonicas ne lui correspondant pas ou à l’aide d’un jeu spécifique que nous verrons plus loin. En effet, dès les années 1920-30, l’absence de certaines notes chromatiques a conduit les joueurs de blues afro-américains à inventer de nouvelles techniques pour produire, par altération, les notes bémolisées du blues (bend ou overblow).

En dehors de l’accordage standard il existe de très nombreux autres accordages : mineur, mineur harmonique, paddy richter, country … qui peuvent présenter un intérêt pour quelques morceaux ou genres bien particuliers

 

DISSYMETRIE DES OCTAVES

L’harmonica diatonique à 10 trous a une tessiture de 3 octaves équivalente à celle d’un harmonica chromatique de 12 trous. La répartition des notes aspirées dans les trois octaves, en partie liée à la nécessité de pouvoir produire l’accord de quinte en aspirant dans les premiers trous, n’est pas symétrique. En outre, le changement qui s’opère sur la troisième octave, les notes les plus graves étant aspirées au lieu d’être soufflées, crée une rupture entre les deux premières octaves et la plus aiguë. Ce manque de continuité rend parfois inconfortable certaines situations de jeu. De nombreux joueurs se limitent donc à la portion la plus continue et la plus expressive des octaves grave et médium aspirées (voir tableau ci-dessus).

• Sur les 6 premiers trous, la note soufflée est plus basse que la note aspirée. C’est le contraire pour les 4 derniers trous où la note soufflée est plus aiguë que la note aspirée. L’enchaînement des notes de la gamme du grave à l’aigu, de soufflé-aspiré, anche du haut-anche du bas, devient donc totalement inversé à partir du trou 7. On joue désormais les notes de bas en haut, d’aspiré en soufflé.

• Le trou 2 aspiré produit la même note, à la même hauteur, que le trou 3 soufflé : la quinte de la tonique, soit un Sol sur un harmonica en Do. Il résulte que sur un harmonica en Do, le Mi soufflé du trou 2 est suivi d’un Sol aspiré avec une note manquante – le Fa – qu’il faudra altérer, et le Sol soufflé du 3 est suivi d’un Si aspiré sans un La intermédiaire. À l’inverse, dans l’octave suivante, à partir du trou 4, toutes les notes de la gamme se succèdent normalement à l’exception de l’inversion du trou 7.

• La troisième octave est quasiment complète hormis la 7ème note de la gamme majeure, le Si, qui ne s’obtient qu’en altérant.

Cette spécificité fait qu’une même mélodie se jouera selon un schéma de déplacement différent dans chaque octave. En revanche, l’instrument étant décliné dans chaque tonalité, un joueur pourra transposer automatiquement un morceau appris sur les 3 octaves dans les 11 autres tonalités en changeant simplement d’instrument.

CARACTÉRISTIQUES HARMONIQUES

La disposition permet d’obtenir les caractéristiques harmonique suivantes :

Les trous soufflés de l’harmonica sont les notes de l’accord majeur de la tonique : la tonique elle-même, sa tierce et sa quinte.

Sur un harmonica en Do, on a donc une succession de Do-Mi-Sol. Le joueur, qui prend au moins trois trous en bouche, soufflera toujours cet accord majeur, avec renversement ou non, quelle que soit sa position sur les octaves.

• Les 5 premiers trous aspirés de l’harmonica sont les notes de l’accord majeur septième de la quinte (pour Do = Sol, Si, Ré, Fa). Le Sol, alors tonique de l’accord, le Si qui est la tierce et le Ré qui est sa quinte. Nous avons aussi accès à un Ré plus grave que notre Sol et un Ré plus aigu, produisant ainsi un second renversement.

• Enfin sur le cinquième trou aspiré se trouve un Fa, qui est la septième mineure de l’accord de Sol. Avec ce Fa, ajouté au reste des notes, nous obtenons désormais l’accord de septième, qui étend l’accord parfait. Le Sol déjà présent sur le 3e trou soufflé est donc redoublé sur le 2e trou aspiré, aux seules fin de produire l’accord de quinte majeur.

• Sur les trous 4, 5 et 6, ainsi que 8, 9 et 10 sont disposées les notes de l’accord mineur du second degré de la gamme (Ré pour un harmonica en Do). Toujours sur notre instrument en Do, le Ré (ici tonique de l’accord), le Fa (tierce mineure) et le La (la quinte), construiront un accord de Ré mineur.

• En ajoutant le 3e ou le 7e trou aspiré – soit le Si -, à notre accord de Ré mineur sur cet harmonica en Do, nous obtiendrons alors un accord de Rém6, ou encore Bm7b5, accord identique à une inversion près.

Nous avons ainsi accès à 2 accords majeurs et un accord mineur et quelques variantes, sur un harmonica diatonique, simplement en soufflant ou aspirant plusieurs trous en même temps. Les autres accords sont uniquement jouables en arpèges. Les accords cités permettent cependant une bonne aide pour le jeu rythmique ou d’accompagnement.

 

LA TECHNIQUE DU JEU

LA RESPIRATION

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L’harmonica, ne nécessite que très peu d’air pour provoquer le déclenchement des notes mais contrairement aux autres instruments à vent, le jeu nécessite un souffle expiré et inspiré. Une mauvaise inspiration des notes aspirées, surtout quand elles sont enchaînées sans notes soufflées intermédiaires pour pouvoir expirer l’air, entraîne rapidement un effet de suffocation.

Il faut donc apprendre à optimiser son débit d’air pour ne pas le gaspiller et essayer de respirer naturellement à travers l’harmonica sans trop dissocier les notes soufflées et aspirées. L’idéal, en terme mélodique, est de pouvoir jouer lié sans que l’on ne puisse entendre quand les notes sont soufflées ou aspirées.Une bonne embouchure avec une gorge bien déployée et une bonne étanchéité des lèvres, une bonne posture, une bonne tenue de l’harmonica, sont autant d’éléments qui permettent d’éviter les problèmes de respiration ou de sonorité rencontrés. Ces aspects sont donc absolument solidaires du travail de respiration ventrale qu’ils complètent.

Trait commun aux autres instruments à vent, l’harmonica demande au joueur de substituer à la respiration thoracique, la respiration ventrale, plus profonde, dont le moteur est le diaphragme. Ainsi, les capacités respiratoires du joueur sont accrues.

 

LA POSTURE DU CORPS

Bien exploiter sa colonne d’air en ayant un bon aplomb entre la gorge et le ventre ;

Éviter de jouer trop vouté ou incliné, car d’une part l’inclinaison de l’harmonica est propice à l’accumulation de salive et parce qu’en outre, le son ne se projette pas bien en direction des auditeurs;Ne pas trop étouffer le son ;`

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Ne pas trop enfermer l’instrument dans sa caisse de résonance formée des mains, un peu comme le pavillon d’un instrument à vent, et qu’il faudra ouvrir alternativement afin de laisser le son prendre son ampleur et pour projeter le son vers l’auditoire.

LA TENUE DE L’HARMONICA

La tenue la plus courante est : horizontalement, bien droit, les notes graves à gauche (trou 1), l’index de la main gauche le long du capot supérieur et le pouce le long du capot inférieur (inversement pour les gauchers). Les doigts doivent être le plus possible à l’arrière de l’instrument pour permettre à celui-ci de rentrer le plus possible à l’intérieur de la bouche.

L’harmonica pris en pince entre ces 2 doigts, le reste de la main gauche forme avec la main droite un «bol ou une coupe», autour de l’harmonica qui jouera alternativement le rôle de sourdine ou, en s’ouvrant, de caisse de résonance.

La main droite et les doigts libres de la main gauche, produiront les effets de volume ou d’expression en s’ouvrant et se refermant par intermittence, la main droite, plus libre, contribuant à une large palette d’effets expressifs : trémolo, chorus, wha-wha, etc.

Il y a quelques décennies, il existait des diatoniques avec une sorte de chambre à projection sonore latérale qu’il suffisait d’utiliser avec la main comme un pavillon de trompette (wha-wha).

Comment prendre l’harmonica en bouche

L’objectif d’une bonne embouchure est de produire la meilleure sonorité sans affecter ni la justesse des notes produites ni la qualité du timbre et en tirant parti au maximum de son souffle sans efforts superflus.

Bien rentrer l’harmonica dans la bouche, profondément en couvrant le capot supérieur avec la lèvre supérieure.

Les lèvres, bien humectées afin d’éviter des brûlures, les joues bien relaxées sans crispation excessive, éviteront une qualité du son faussée, et leur élasticité permettra d’assurer une bonne étanchéité autour de l’instrument.

Un plaquage correct des lèvres et de leurs commissures contre le chant du sommier évite les fuites d’air ou les débordements de l’air projeté sur les trous voisins. C’est une sorte de ventouse dont on va sensiblement accuser la force à mesure que l’on monte dans le registre aigu (à fortiori pour les altérations aigües dans les derniers trous).

On préconise parfois d’incliner légèrement l’harmonica de manière à établir une continuité plus directe avec le débit d’air provenant de la gorge. D’autres recommandent une tenue très droite pour faciliter les déplacements latéraux et pour ne pas prendre de mauvaises habitudes de jeu.

LES 3 TECHNIQUES DE JEU PRINCIPALES

Toutes les combinaisons sont possibles quand le jeu le requiert.

Le Pucker dit aussi le jeu en cul de poule

Former un « O » avec ses lèvres comme si vous vouliez siffler.

Le défaut principal de ce jeu est de trop pincer la pointe de l’embouchure avec les lèvres et ne pas ouvrir assez la gorge.

Le son est assez pointu avec des notes qui manquent d’ampleur ou de timbre. Pour y remédier, il faut prendre l’harmonica plus profondément en bouche en écartant bien la mâchoire inférieure de manière à rapprocher la gorge pour ne pas étouffer la vibration de l’air.

Cette technique semble plus précise car le souffle y est mieux canalisé et le contrôle de l’embouchure par les lèvres évite les fuites d’air.

Les altérations sont plus aisées à obtenir et, par extension, les overblows, car ce type de jeu permet à la langue de se mouvoir plus librement et de moduler plus finement le son, y compris à bas volume.

Le Tongue Blocking

C’est souvent de cette manière que les harmonicistes apprenaient à jouer traditionnellement, pour pouvoir passer rapidement du jeu en accompagnement au jeu mélodique. Cette technique est assez complexe car la langue doit se déplacer avec précision sur les trous, sans se décoller ou faire sonner les mauvaises notes. Néanmoins, elle permet d’obtenir un son un peu plus ample et plein.

Technique majeure, le tongue blocking est l’une des plus utilisées chez les harmonicistes Blues.

Le jeu repose sur deux formes d’embouchures différentes : l’une avec les lèvres en pince et en O, qui isole les notes une à une, l’autre avec un volume de bouche plus large et puissant, qui concilie jeu en accords – en soufflant ou en aspirant dans 3 ou 4 trous à la fois – et jeu mélodique.

En prenant l’harmonica à pleine bouche et en occultant certains trous avec la langue, le joueur aura le choix de faire ressortir telle ou telle note de l’accord. Souvent la langue bloque latéralement les trous de manière à isoler un seul trou pour faire résonner une note, soit du côté gauche dans la partie grave, soit du côté droit en direction de l’aigu. Il est donc courant de prendre 4 trous en bouche de manière à faire sonner les notes extrêmes, soit simultanément (la langue bloquant les 2 trous centraux), soit alternativement (en faisant glisser la langue de gauche à droite sur trois trous). De cette manière, on peut jouer la même note à l’octave ou faire résonner les deux notes à l’unisson (sur un harmonica en Do, 1er trou soufflé est un Do, et le 4ème un Do à l’octave).

Le tongue blocking permet de produire des altérations mais plus difficilement des overnotes.

Le U-block 

Ce terme n’a pas d’équivalent en Français et la technique est utilisée par peu de joueurs (pour l’essentiel : Johnny Mars). Elle consiste à enrouler la langue autour du trou (comme pour sucer une tétine), former un tunnel avec la langue, vers le trou.

Rappelons que pour obtenir un gros son, il faut que l’harmonica soit le plus profond possible dans la bouche, et que la mâchoire inférieure soit maintenue basse.

Le secret est d’utiliser la langue et le palais. En incurvant légèrement les extrémités gauche et droite de votre langue, vous allez créer une sorte de tunnel qui va canaliser l’air vers le trou que vous visez. Ca n’est pas évident au début, mais ça vient très vite une fois que vous vous appliquerez à maintenir l’harmonica à l’intérieur de la bouche.

 

LES EFFETS EXPRESSIFS

ATTAQUE ET ARTICULATION

Que l’on joue en «pucker» ou en «tongue blocking», l’une des difficultés demeure souvent la liaison entre les notes. Un joueur va avoir naturellement tendance à égrener les notes sans les lier dans un même souffle, soit parce que son embouchure est mauvaise, soit parce qu’il force trop ses attaques en dissociant trop fortement le soufflé de l’aspiré, en articulant involontairement avec la langue, ou par un mouvement réflexe de la glotte. Le joueur doit donc apprendre à maîtriser ses attaques pour pouvoir jouer lié ou au contraire détaché et éviter que chaque note soit trop saillante.

Ce travail se fait en corrigeant une mauvaise embouchure, une mauvaise posture de jeu, une tenue d’instrument inadéquate, ou encore une respiration ventrale trop brutale. Le déclenchement et l’arrêt des notes peut être contrôlé uniquement par le «ventre» ou la glotte de la gorge, selon le degré de fluidité ou de marquage recherché.

Un autre point important du jeu à l’harmonica est l’articulation des notes. En effet vous pouvez émettre des sons différents en jouant à l’harmonica, ce qui se ressentira dans le son produit. Vous pouvez donc jouer la même note avec une sonorité pourtant légèrement différente selon que vous prononcerez «pa», «o», «ku», «to», ou toute consonance qui vous passe par la tête. Les articulations se produisent avec les parties libres de la langue, la pointe en particulier, mais peuvent être aussi déclenchées de manière sensiblement gutturale. Elles permettent de rajouter des nuances expressives et rythmiques aux mélodies, et participent aussi d’effet de détaché entre les notes.

WAH-WAH

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Technique de mains les plus connues et populaires de l’harmonica. Le joueur ouvre et referme alternativement la coupe qu’il forme avec ses mains, libérant avec un effet d’amplification le son de l’harmonica pour l’étouffer en sourdine dans un second temps. L’effet peut être lent, détaché ou au contraire assez rythmique et tonique. Il se rapproche alors sensiblement du trémolo mais avec un effet chantant beaucoup plus appuyé.

Ce son peut être accentué par des altérations simultanées ou des sons émis à travers l’harmonica, comme pour beaucoup d’autres techniques.

TRILLE

Motif caractéristique très courant dans l’harmonica blues. Il consiste en un jeu alterné très rapidement de deux notes adjacentes, sur un même souffle soit en secouant très rapidement la tête de gauche à droite, soit en faisant glisser l’harmonica de la même manière avec la main, soit de produire les trilles avec la langue.Le trille peut être doux et vibrer à la façon d’un trémolo sur un couple de notes tenues à volume moyen voire bas. Au contraire, il peut avoir une fonction de puissante ponctuation rythmique.

CHORUS

L’effet Chorus qui consiste à déplacer rapidement sa main de manière latérale face à l’instrument permet de produire une autre sorte de trémolo quand il est joué de façon très rapide.

VIBRATO ET TRÉMOLO

Consistent à faire «vibrer» la note, en jouant sur son intensité, sa hauteur, parfois les deux à la fois.Plusieurs techniques existent et ne procurent pas le même rendu sonore.

Quand c’est l’intensité qui varie plus que la hauteur (mains, gorge et langue dans certains cas), il s’agit d’un tremolo.

Quand la hauteur de la note est sensiblement altérée dans un mouvement rapide de va-et-vient, il s’agit alors d’un vibrato (diaphragme, langue, lèvres et mâchoire inférieure dans certains cas…).

Nombre de techniques utilisées dans le blues sont davantage des trémolos que des vibratos.Dans les aigus, certains vibratos de gorge très amples couvrent un demi-ton et s’apparentent davantage à des trilles de gorge qu’à des vibratos. Ces techniques demandent beaucoup d’entraînement. Quelques variantes ci-dessous: 

Trémolo de main

Le trémolo le plus basique consistant à déplacer plus ou moins rapidement une main à l’arrière de l’instrument, jouant ainsi sur l’intensité de sortie du son. En effet, en refermant complètement les mains autour de l’instrument, le son sera étouffé alors qu’il sera au contraire bien clair et plus fort si aucun obstacle ne vient se mettre entre l’arrière de l’instrument et l’oreille du public.

Trémolo et vibrato de langue

En bouchant et débouchant rapidement le(s) trou(s) joué(s) avec la langue, on hachure le son. Si la langue est suffisamment rapide, ce trémolo n’est cependant pas trop haché, profitant de l’inertie légère de vibration des lamelles. Cela reste cependant un trémolo plus net et plus difficile à contrôler qu’avec la main, quoique plus puissant.

En altérant sensiblement la hauteur de la note par un mouvement de langue d’avant en arrière, souvent appuyé par une phonation continue de type «you-you-you-you», on peut également réaliser un vibrato de langue plus subtil et fluide que le trémolo.

Vibrato de gorge

Très utilisé, il consiste à compresser et relâcher alternativement l’arrivée de l’air au niveau de la gorge, en produisant en continu des sons gutturaux rythmiques assez rapides de type «ha-ha-ha-ha» ou «oh-oh-oh-oh». Là encore, une bonne maîtrise est nécessaire pour éviter de trop hacher le son.

Vibrato de mâchoire

Ce sont les lèvres et principalement la mâchoire inférieure qui vont contribuer tant à l’effet de vague du trémolo qu’à abaisser alternativement la hauteur de la note pour produire le vibrato. La mâchoire s’écarte légèrement et se referme dans un mouvement rapide de va-et-vient comme si l’harmoniciste mordillait l’instrument. Il peut être combiné à d’autre vibratos de gorge ou de ventre ou participer seulement d’une légère inflexion.

Vibrato de ventre

Cette technique demande un bon contrôle de la respiration ventrale. Elle s’obtient par des mouvements alternés plus ou moins rapides de diaphragme, soit en poussant par le haut (vibrato soufflé) soit en tirant vers le bas (aspiré) selon les mêmes mécanismes de respiration ventrale que pour l’obtention des notes soufflées et aspirées. Comme pour les autres vibratos, la difficulté demeure de faire son vibrato bien en rythme et d’être capable de le produire de manière fluide sur différents tempos, surtout sur des rythmes plus lents et des notes tenues.

COMBINAISONS DES TECHNIQUES

Il est également possible de combiner plusieurs des techniques existantes entre elles de manière à amplifier l’intensité de l’effet, notamment un effet de main (trémolo ou chorus) avec un vibrato, ou plusieurs vibratos qui se complètent entre eux.

 

LES ALTERATIONS

L’altération est une technique de jeu à l’harmonica diatonique. Elle a été découverte par les bluesmen américains au début du XXème siècle et consiste à «tirer» la note la plus aiguë d’une case vers la note la plus grave. Cela veut dire que dans les trous 1 à 6 d’un harmonica diatonique on peut tirer la note aspirée vers la note soufflée, et que l’altération se fait donc en aspirant. Dans les trous 7 à 10, la note la plus aiguë de chaque case étant la note soufflée, l’altération se fait en soufflant. L’intérêt de la technique est double. Tout d’abord elle permet de modifier l’attaque d’une note en lui donnant un son plus blues d’une manière comparable à l’altération en guitare. De plus, et principalement, l’altération permet d’obtenir une partie des notes manquantes sur un harmonica diatonique, en jouant les altérations de manière stable, comme une note normale.

Du fait que les bluesmen noirs étaient en général très protecteurs de leurs styles de jeu et de leurs techniques, il a longtemps été difficile de trouver une méthode ou une explication claire sur la manière d’altérer. C’est un point d’apprentissage d’autant plus délicat que tout se passe à l’intérieur de la bouche et de la gorge, une partie de l’anatomie qu’on ne peut pas montrer et qu’il est difficile de décrire.

Nous donnerons quelques exemples dans un prochain article.

QUEL TYPE D’HARMONICA CHOISIR ?

Tout dépend ce que vous voulez faire, du son que vous recherchez , des styles musicaux auxquels vous aspirez…

En généralisant un peu, on pourrait dire que si vous voulez jouer du blues, de la country ou du rock, le diatonique est le plus approprié. Si vous voulez jouer des musiques folkloriques, le diatonique, l’octave ou le tremolo sont sans doute les plus appropriés. Si vous voulez jouer du classique, le chromatique est de rigueur. Enfin, si vous voulez jouer du jazz, le diatonique ou le chromatique sont à recommander.

Les Tonalités : 

Pour débuter le Do est recommandé. Puis le La, le Sol et le Ré surtout pour le blues et la country, ensuite le Fa et le Si bémol.

Pour ceux qui veulent acquérir les douze tonalités, voici un ordre d’achat recommandé :

Do, La, Ré, Sol, Fa, Sib, Mi, Lab, Mib, Réb, Fa#;

d’autres professionnels conseilleront: Do, Ré, Fa, Sol, La, Sib.

Faut-il avoir un diatonique dans chacune des douze clés ?

Pas nécessairement.

Au début vous allez jouer seul, donc l’importance de la tonalité est moins présente.

La réponse unanime à la question posée sur internet a eu cette réponse : A, C, D.

J’ajouterai même dans l’ordre : La pour apprendre à isoler les notes et jouer les premières mélodies, puis Ré pour démarrer le bending, enfin Do pour les premiers «boeufs» avec des copains.

– Les harmonicas graves ( Sol, La, Sib, Si) sont plus faciles à jouer en notes simples.

Ils passeront mieux quand vous jouerez en extérieur ;

– Les harmonicas aigus (Ré, Mi, Fa) sont plus faciles à altérer.

Ils sonneront mieux quand vous jouerez en salle.

– Un certain nombre de clés sont faciles à jouer sur un harmonica en Do.

le Sol (une quinte en dessous de Do), le Ré (deux quintes en dessous de Do soit deux demi-tons au-dessus), le La (trois quintes en dessous de Do soit 3 demi-tons en dessous), le Mi (quatre quintes en dessous de Do soit 4 demi-tons au dessus) et le Si (cinq quintes en dessous de Do soit 1 demi-ton en dessous).

– En raison de l’agencement différent des notes pour chacune de ces clés, certaines gammes seront plus accessibles que d’autres, si bien que jouer en La sur un Do aura tendance, par exemple, à encourager une sonorité très mineure. L’usage judicieux d’altérations et d’overblows ainsi qu’une bonne maîtrise des gammes permet de compenser cet effet si on le désire. Cela demande beaucoup de travail.

D’autre part, ce même travail permet de jouer aussi les six clés restantes sur un même harmonica (à savoir Fa#, Réb, Lab, Mib, Sib et Fa).

– Enfin, supposons que je joue un riff en Sol sur un harmonica en Do. L’accompagnement change de tonalité et passe en La. Je peux toujours jouer ce riff en La sur mon harmonica en Do, mais il sonnera différemment.

En effet, en raison de l’agencement des notes, les soufflés et aspirés ne seront pas dans la même séquence, sans parler des notes que l’on ne peut plus altérer.

En bref, les harmonicistes préfèrent souvent utiliser plusieurs harmonicas. La référence est généralement la quinte en dessous de la tonalité de l’harmonica, et on peut supposer que dans 90% des cas un harmoniciste qui joue en Sol joue sur un harmonica en Do. Par conséquent si je désire jouer en Sol, La et Ré, je devrais posséder des harmonicas en Do, Ré et Sol.

Cela dit, la flemme fait que l’on ne cherche souvent pas à aller plus loin que de jouer la quinte en dessous de la tonalité de l’instrument. C’est ce que beaucoup appellent la «seconde position» ou le «crossharp».

C’est regrettable car d’une part l’opportunité d’utiliser les différentes sonorités que l’on obtient en jouant d’autres clés se perd et, d’autre part, il est plus difficile d’improviser sur des structures complexes comme celles que l’on peut trouver en jazz et qui modulent souvent.

Il n’est donc pas nécessaire d’acheter les douze clés, sauf si vous pensez avoir l’occasion de faire le boeuf avec des musiciens qui pratiquent un peu tous les styles. Toutefois, il est toujours recommandé de se promener avec un certain nombre de clés adaptées au style de musique que l’on pratique

SELON QUELQUES STYLES, QUELLES CLÉS ACHETER EN PRIORITÉ ?

 

Si l’on suit la logique de la plupart des harmonicistes, il faut disposer des harmonicas dont la clé se situe une quinte en dessous des clés fréquemment rencontrées dans le style en question.

Aléatoirement on pourrait dire que, par ordre de priorité :

Pour le Blues, le Rock, la Country:

Do(C), La(A), Mi(E), Sol(G), Ré(D), Si(B) et Fa(F).

Pour aborder ces clés en jouant une quinte en-dessous, il faut donc des harmonicas en…

Fa(F), Ré(D), La(A), Do(C), Sol(G), Mi(E) et Si bémol(Bb).

Pour le Jazz, les clés les plus populaires sont les clés de cuivres soit : 

Fa(F), Mi bémol(Eb), Si bémol(Bb), La bémol(Ab) et Ré bémol(Db).

Pour aborder ces clés en jouant une quinte en-dessous, il faut donc des harmonicas en…

Si bémol(Bb), La bémol(Ab), Mi bémol(Eb), Ré bémol(Db) et Fa dièse(F#).

On constatera que l’harmonica en Si(B), n’apparaît pas dans cette liste, ce qui ne veut pas dire qu’il soit inutile, mais simplement que les clés qu’il permet de jouer facilement ne sont pas courantes en musique moderne.

Particularité : choisir la bonne tonalité pour l’harmonica blues

Si vous voulez jouer une mélodie simple en tonalité de G, vous avez besoin d’un harmonica en tonalité de G. Si vous voulez jouer du blues en tonalité de G, vous avez besoin d’un harmonica en tonalité de C.

Un harmonica en La permet de jouer le blues en Mi en seconde position.

Celui en Ré a sa seconde position en La.

Ce sont là deux tonalités faciles pour les guitaristes et donc les futurs boeufs n’en seront que facilités.

Le tableau qui suit vous précise quelle tonalité d’harmonica prendre pour un jeu de Blues (Mi vous jouez sur un Marine-band en La, soit 4 tons au dessus de la guitare, etc.)

screen-13

Nous verrons dans le prochain article, les harmonicas chromatiques et trémolo, les altérations, overnotes, overblows, jeu d’accords, intervalles, rythmiques, différents modèles et amplification, autres accordages, harmonicas valvés. 

 

2 comments

    • Didier Beudaert

      Bonjour Alain,
      D’abord, merci pour l’intérêt que vous portez à notre magazine presse officielle.
      Merci aussi pour la lecture de l’article.
      Après vérification, la deuxième partie est en ligne depuis déjà un moment.
      Moins visible car les photos de couverture (Bronson et Eastwood) ont été supprimées cause prudence envers le droit à l’image. D’ailleurs si vous avez des photos à nous proposer, nous les publierons avec plaisir en mentionnant bien entendu votre identité.
      Didier

      http://welikemusic.net/secret-harmonicas-2eme-partie/

      bonne lecture 🙂

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