TRO SAU THOM

SOM THRAU – Le ERHU cambodgien

tro SAU Thom

Une percée au Cambodge m’a permis de découvrir cet instrument de musique que l’on pourrait assimiler à un violon , joué aux quatre coins des villes et du pays. Des orchestres entiers de musiciens, souvent amputés de leurs jambes – souvenir dramatique des Khmers rouges et des bombes antipersonnelles -, le pratiquent , cherchant à gagner tant bien que mal leur vie.

 

Le Tro Sau Thom ou tout simplement « Tro Sau » voire « Tro » est un instrument de musique à cordes, utilisé dans la musique khmère ancienne Mohowri et prisé depuis des temps dans la musique des mariages des régions de Chattomuk, Longvek et Udong (ancien Cambodge) situées à une quarantaine de kilomètres au nord de Phnom Penh.

Plus grand que le « Sau Tuch Tro », il est, aujourd’hui, abondamment utilisé dans les mêmes conditions et reste l’instrument privilégié du pays. La caisse de résonance nommée « Bompung Tro», est faite d’une coquille de noix de coco, recouverte de minces lamelles de bois Spoung (issu de Roluos , site à 13 km environ à l’est de Siem Reap) ou de peau de serpent ou de lézard. Ouverte en-dessous, ses dimensions moyennes sont d’environ 120 mm de long et 90 mm de diamètre. Les matériaux de base les plus souvent utilisés aujourd’hui, restent le creux du bambou et l’écaille de tortue. Le long manche fabriqué à l’époque Mohowri est en bois dur, « Kra Nhung» ou « Neang Nung » (palissandre d’Asie), ou en bois noir. Il mesure de 620 à 750 mm, de section cylindrique à l’origine, il est, à ce jour, ovale. Il s’effile progressivement vers la caisse de résonnance et le haut, plus large, est souvent orné de filets de nacre, d’os ou autres matériaux nobles. La tension des deux cordes est assurée par deux chevilles de longueur importante, 20,5 cm pour la plus haute et 19,1 cm pour la plus basse, situées respectivement à une distance de 55 cm et 48 cm de à partir du haut du chevalet. Leur tête est souvent décorée de nacre ou d’ivoire. Les cordes du Sau Thom Tro étaient à l’origine en soie. Aujourd’hui, elles sont en métal. J’ai eu beaucoup de difficultés à en connaître l’accordage. Force de persévérance, j’en ai conclu, à l’écoute, que la corde du bas sonnait en Sol et la supérieure en . En réalité la notation à l’ouest du Cambodge parle de «Kse Gor» pour la corde inférieure aiguë accordée en Do et «Ex Kse», pour l’autre, supérieure, accordée en Sol. Une version plus petite de l’instrument (Tro Sau Tuch) produit respectivement un et un La. A peu près à vingt centimètres sous les chevilles, les cordes sont liées au manche par un morceau de fil de cotonKse Kor ou chaînes de cou »). Déplacée vers le haut ou vers le bas, l’anneau modifiera la tonalité. Les cordes appuient sur la peau de la caisse de résonnance par l’intermédiaire d’un petit chevalet en bois rond d’environ 4 cm de haut, placé au milieu et qui les élève. L’archetChak ») est taillé en bois dur et courbé en forme d’arc. Il est pourvu d’une mèche en crin de cheval, fibres d’ananas, fibres de poils fins, ou de la fibre allongée de l’arbre « Tnout ». Les deux extrémités de cette mèche sont attachées aux parties inférieure et supérieure de l’arc, tout comme l’archet traditionnel de notre violon. Particularité : La tension de l’archet est contrôlée en enroulant la mèche autour du doigt. Les fibres de l’archet passent entre les deux cordes et oblige donc à jouer chacune d’entre elle par l’une des faces de la mèche. Elles sont souvent enduites de résine de pin ou de liège pour éviter le glissement, tout comme notre colophane. Traditionnellement, l’archet est tenu par la main droite, le doigt enroulé assurant la tension du crin, la main gauche jouant la mélodie. Mais, toujours aussi curieux, j’ai cherché à connaître les origines de cet instrument. J’ai finalement découvert que le Er Hu existait bien avant en Chine (violon), mille ans environ.

 

tro SAU ThomLe ER HU, Identique au Tro, c’est l’un des plus importants instruments à cordes frottées et le plus ancien de Chine : Dynastie Song (420-479), alors appelé Hu Qin (instrument des Hu) ou Nan Hu. On suggère que son ancêtre est le Xi Qin, originaire des régions Nord et Ouest de la Chine, où son histoire remonte à 722-481 av JC. Hu, ethnie de la rive Nord du Fleuve jaune et Er signifiant deux (pour les cordes), l’origine du nom est vite établie. Il se répandra largement durant les dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1911). De nombreux artistes et artisans populaires des derniers siècles (Xia Zi A Bing) y apporteront des améliorations et des innovations quant à sa fabrication. Le Er Hu d’aujourd’hui possède une caisse de résonance hexagonale ou octogonale, obturée sur sa face supérieure par une peau de boa tendue. Sur le haut du manche, deux chevilles tiennent les cordes tendues qui reposent sur un chevalet de bois avant de se fixer au bas de la caisse. L’archet est fait de bambou et sa mèche est passée entre les deux cordes. La main gauche est celle qui produit les notes, sur une échelle de cinq positions (ou quatre positions selon certaines régions) tandis que la droite conduit l’archet sur les cordes. Le bois utilisé pour la plus grande partie de l’instrument est généralement le Hong Mu (bois rouge chinois), ou bien le Nan Mu (résineux ancien insensible à l’humidité). Les cordes simples ou spiralées sont en métal et la mèche de l’archet est en crin de cheval. Les techniques d’archet et les tempos joués au Er Hu peuvent être très variés : détaché, sautillé, allegro, etc. Le son est profond et émouvant. GUO Gan, artiste chinois mondialement connu, nous fait une démonstration, sur son Er Hu, de tous les bruits de la nature. Le Er Quan, quant à lui, joue cinq tons plus bas et produit un son mezzo plus profond très apprécié. Grâce à son timbre mélodieux, l’instrument sert non seulement à accompagner la musique vocale et instrumentale, mais aussi à se produire, à partir du XXe siècle, en solo. Il se développe rapidement. Les techniques d’interprétation et la composition musicale s’enrichissent et la construction de l’instrument s’améliore pour aboutir beaucoup plus tard au Gaohu, un violon chinois de haute sonorité considéré comme le soprano du Er Hu. Aujourd’hui, les instituts de musiques proposent tous des formations au Er Hu, instrument incontournable dans tous les orchestres chinois. Liu Tian Hua, qui a produit des créations audacieuses et des compositions de niveau élevé, sont toujours jouées à ce jour et sont des passages obligés dans le cadre de l’enseignement du Er Hu.

 

Liu Tian Hua a produit des créations audacieuses et des compositions de niveau élevé, sont toujours jouées à ce jour et sont des passages obligés dans le cadre de l’enseignement du Er Hu. Le virtuose GUO GanYi-zhen de nom de courtoisie – né à Shenyang, récemment invité par Jean-François ZygelLa boîte à musique ») popularise l’instrument en se produisant internationalement avec des artistes aussi prestigieux que Lang Lang, Didier Lockwood, Yvan Cassar, Gabriel Yared… mais encore avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris, de New York, de Prague et de Pékin, au Carnegie Hall, à l’Avery Fisher Hall, au Lincoln Center de New York et au Chicago Symphonie Hall, au Los Angeles Orange Country Hall , au Victoria Concert, au Hall de Genève, au théâtre du Châtelet, à la salle Gaveau, au Palais des Congrès de Paris, au théâtre Mogador, au musée Guimet, au Grand Hall de l’UNESCO, à la Cité de la Musique de Paris, à l’Opéra House de Guangzhou, à l’Expo Internationale à Shanghaï, au Festival de Cannes et à celui d’ Un Violon sur le Sable… En voulez-vous d’autres ?… GUO Gan est devenu le représentant de l’Er Hu en France. Parlons aussi d’une étoile en la matière, SHENG QI, Née à Nanjing en Chine, qui a commencé son apprentissage à l’âge de six ans à la célèbre école de musique Nanjing Xioa Hua Art Group, puis à la faculté de musique de l’Université de Nanjing. Elle s’engage dans une carrière d’enseignement et d’interprétation en Chine et à l’étranger, immigre au Canada en 1994 où elle vit à Montréal.

 

le gao hu

 TRO SAU THOMCréé dans les années 1920, sur la base modifiée de son prédécesseur, il semble être un Er Hu soprano. Compositeur et joueur de la musique de Guangdong, Luwencheng réforme le Er Hu. Il remplace les cordes de fil en soie par des cordes en fil d’acier. Le Gao Hu traditionnel n’avait pas d’appui et le chevalet n’avait pas non plus de coussinet de tissu. Le joueur tenait l’instrument entre les deux jambes. Le timbre de l’instrument était contrôlé par la tension de serrage des deux jambes et la couverture plus ou moins grande de l’ouïe par la jambe gauche. Il y avait souvent un coussin entre l’instrument et les jambes, dont la nature et l’épaisseur du tissu influençaient beaucoup le timbre du son qui devint ainsi plus clair et résonnant. Le Gao Hu moderne peut être joué sur un appui, et sa technique de jeu est semblable à celle du Er Hu. Au début, il n’y avait pas de Gao Hu dans la musique de Guangdong. Les ballades et les opéras régionaux sont à l’origine de cet instrument qui s’impose comme le principal instrument de musique folklorique et populaire de la province du Guangdong . La caisse de résonance est plus petite que celle du Er Hu et sa sonorité lui est 4 à 5 fois supérieure. Il donne un son argentin et éclatant, retentissant et moelleux dans les basses. La structure, la fabrication et les matériaux du Gao Hu sont comme ceux du Er Hu, excepté le manche qui est plus mince. Les luthiers changent le manche de section circulaire en ovale, augmentant ainsi son volume puis changent les cordes pour obtenir un diapason de plus de cinq octaves. Ma curiosité est donc comblée et le Tro que j’ai acheté attend toujours que je sache me servir des deux faces de l’archet. Pas simple !… Le chat miaule !…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *